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Cet article provient du site http: www.pollinis.org.

Pollinis est une ONG indépendante financée exclusivement par les dons de citoyens.

Une équipe de chercheurs de renommée mondiale, qui travaille pour l'Inserm, l'INRA, l'hôpital pour enfants Robert Debré à Paris, a démontré la responsabilité d'une enzyme, la SDH, et de son déficit dans une série de maladies comme les cancers, les encéphalopathies (surtout chez les jeunes enfants), certaines tumeurs du système nerveux, la maladie de Parkinson, l'ataxie de Friedreich, le syndrome de Barth, la maladie de Huntington...
Leurs travaux ont été mondialement reconnus ; les articles du Pr Pierre Rustin, directeur de cette équipe, ont été cités 25 530 fois par d'autres études depuis – cela donne une idée de l'exemplarité de ses recherches. En 2017, cette équipe se rend compte que l'agrochimie commercialise une gamme de fongicides - appelés SDHI, pour inhibiteurs de la succinate déshydrogénase - dont le mode de fonctionnement est, justement, de bloquer la SDH chez les champignons. Ils prennent conscience de l'utilisation à très très grande échelle de ces produits : on les retrouve en France et en Europe sur les cultures de céréales (sorgho, millet, blé, orge, seigle, avoine) et de colza, de tournesol, de maïs, d’arachides et de soja ; sur les raisins dans les vignobles, sur les cultures de haricots, pois, pommes de terre, salades, pommes, framboises, fraises, asperges, cerises, ou tomates ; sur les betteraves, les cannes à sucre, sur le gazon des stades et des terrains de golf, et jusque dans l'air que nous respirons. Avec des répercussions potentiellement dévastatrices sur la santé d'une grande partie de la population, et l'ensemble des insectes et animaux exposés...
"Quand nous avons découvert l'existence des SDHI, nous avons été surpris de n'avoir jamais été contactés par les autorités sanitaires" ! a déclaré Paule Bénit, docteure et ingénieure de recherche à l'Inserm.
Les scientifiques conduisent donc une première série de tests, qui confirment leurs pires craintes : les SDHI n'inhibent pas seulement la SDH des champignons, mais également celle des abeilles, des vers de terre, et de tous les organismes vivants – y compris celle des humains. Leur découverte est un véritable séisme : c'est la preuve directe qu'une certaine famille de produits massivement répandus dans notre environnement, en ville comme à la campagne, est peut-être à l'origine de maladies gravissimes chez les humains, et particulièrement chez les enfants, que ces médecins et ces chercheurs s'évertuent à soigner chaque jour depuis des décennies – et participe à l'effondrement catastrophique de la biodiversité mis en lumière par tant de scientifiques et d'observateurs de la nature!
Cette découverte justifierait à elle seule une suspension immédiate de la mise sur le marché de ces substances, et la conduite en urgence d'études complémentaires pour évaluer l'impact des SDHI sur tous les organismes vivants. Les scientifiques, inquiets, alertent immédiatement l'ANSES, l'autorité sanitaire chargée de protéger la santé des citoyens et leur environnement. ...Et là, silence radio : L'autorité, qui aurait logiquement dû se précipiter sur cette alerte émise par des scientifiques parmi les plus renommés au monde sur les maladies mitochondriales, fait l'autruche. Confrontés à un enjeu sanitaire et environnemental majeur, les scientifiques décident alors de sortir de leur réserve ; ils publient une tribune dans un grand quotidien national (Libération) pour alerter les citoyens sur les dangers auxquels nous sommes exposés – en particulier les plus vulnérables d'entre nous. Une véritable déferlante s'abat alors sur eux. L'agrochimie riposte immédiatement en s'attaquant violemment aux chercheurs, dénigrant publiquement leur travail, parlant de « populisme scientifique », de « fake news » et de « désinformation » (4) - une technique d'attaque bien rodée utilisée systématiquement par les lobbys pour discréditer les scientifiques qui ont mis le doigt sur un problème qui dérange. Rappelez-vous l'alerte publiée dans Libération dès janvier 1999 sur les effets délétères des néonicotinoïdes sur les abeilles par le Professeur Bonmatin, chercheur au CNRS, dénonçant la mainmise de Bayer sur les tests de toxicité de ses propres produits ! Quelques jours après, il recevait des lettres d'avocats de la firme menaçant de le traîner en justice, et les services de Bayer ont fait pression sur le CNRS pour que le scientifique soit radié, l'obligeant à monter un dossier en béton pour prouver sa bonne foi à sa hiérarchie.
Une stratégie d'attaque systématique, qui a permis à l'agrochimie d'entretenir le doute autour de ces pesticides tueurs d'abeilles, et de continuer à les commercialiser pendant encore vingt ans avec les conséquences dramatiques qu'on connait désormais sur l'effondrement des pollinisateurs et de la biodiversité... Une stratégie qu'ils sont en train d'appliquer maintenant aux SDHI !
Pour parer la riposte médiatique des lobbys agrochimiques, notre équipe a préparé un message d'information que nous avons diffusé massivement sur internet et les réseaux sociaux, afin de faire éclater le scandale dans tout le pays.
Mise au pied du mur, l'ANSES s'est vue obligée de réunir un groupe d'experts pour étudier la question. Elle a d'emblée refusé que le moindre membre des lanceurs d'alerte en fasse partie (ils travaillent pourtant pour des laboratoires publics et paraissaient tout désignés pour remplir ce rôle). Dès lors, parmi les 4 scientifiques sélectionnés, 3 n'ont jamais travaillé sur cette question, et ne sont pas experts des maladies mitochondriales. Quand à la 4e, elle participe régulièrement à des congrès organisés par l'agrochimie, et a pris part à la promotion des SDHI pour remplacer les fongicides de la génération précédente !
Les chercheurs lanceurs d'alerte sont auditionnés par ce groupe d'« experts » : ils se rendent vite compte qu'ils sont tombés dans un piège... Le but de l'audition n'est clairement pas de faire le point sur leurs connaissances et les dangers des SDHI, mais de les humilier, de mettre en doute leurs capacités, et les inciter à ne plus faire de vagues...« J'avais l'impression d'être devant un jury d'assises » rapporte un scientifique. « J'avais envie de pleurer » se souvient une autre membre du groupe. Le directeur de l'ANSES, plusieurs fois invité par les chercheurs dans leur laboratoire de l'hôpital Robert Debré à Paris, n'a pas une seule fois daigné s'y déplacer. Son organisme est pourtant fréquemment représenté lors de congrès sur les SDHI, financés par Monsanto, Syngenta et consors. Quelques mois plus tard, le rapport des experts est publié : sans surprise, tout est fait pour étouffer l'affaire des SDHI...
Le rapport ne prend pas en compte les spécificités d’action très élaborées des pesticides SDHI, et se base sur des critères d’évaluation réglementaires qui datent d’il y a 20 ans – il met délibérément de côté les biotechnologies actuelles et le mode de fonctionnement ultra-subtil des pesticides dernières générations comme les SDHI. Leurs effets sur les cellules des fœtus dans le ventre de leur mère exposée, ou sur les maladies épigénétiques transmissibles de génération en génération, ou sur la reprogrammation métabolique – autant d’inquiétudes soulevées par les chercheurs dans leur alerte – ne sont même pas étudiées ; il ne prend pas non plus en compte l’étude des maladies mitochondriales, pourtant démontrée noir sur blanc par les chercheurs, et écarte les résultats « gênants » - comme, par exemple, lorsque les expériences menées conduisent à la formation de tumeurs du foie, des reins et de la thyroïde chez les rats pour 11 pesticides sur 13 étudiés ; et le comble pour nous, défenseurs des abeilles et de la nature : le rapport ne s’intéresse même pas aux effets des SDHI sur les abeilles ou les vers de terre, pourtant mis en lumière par plusieurs études scientifiques et constats de terrain ! Pire encore : le rapport se base sur les seules études fournies par l’agrochimie elle-même pour prétendre que les organismes non-ciblés éliminent naturellement les SDHI. Il suffit de regarder les études portant sur les résidus de SDHI dans les ruches d’abeilles, ou celles menées sur les cheveux de femmes enceintes et de leurs enfants après naissance (63% des échantillons prélevés sont supérieurs à la limite de détection, pour être inquiets de leur persistance à grande échelle.
Sur 13 pesticides de la famille des SDHI, la moitié (7 exactement) ont été classés par l’EFSA, l’autorité sanitaire européenne, comme « susceptibles de provoquer le cancer ». Et d’autres substances aux modes d’action similaires, comme la Roténone, ont été retirées du marché. Malgré les preuves accablantes, l'ANSES reste de marbre : « l'alerte des scientifiques n'est pas fondée, il n'y a pas lieu d'interdire ces produits ». Pire encore : l'autorité sanitaire a refusé jusqu’ici de mener les études complémentaires qui permettraient d'évaluer une bonne fois pour toutes la dangerosité des SDHI, sous prétexte que l'industrie lui avait déjà fourni les preuves de leur innocuité ! Les SDHI, c'est un marché de 2,7 milliards de dollars au niveau mondial – évidemment que l'agrochimie ne va pas se tirer une balle dans le pied en fournissant gentiment la preuve de la dangerosité de ces substances qui la rendent richissime.
Aujourd'hui une chose est claire : si les citoyens ne prennent pas le problème à bras le corps, rien ne sera fait par les institutions censées nous protéger. Plus de 400 000 personnes ont déjà signé la pétition lancée par POLLINIS pour exiger de nos responsables politiques un coup d'arrêt immédiat à l'utilisation des SDHI tant que des études complémentaires sérieuses et indépendantes n'auront pas été menées. Aujourd'hui, l'agrochimie occupe le terrain scientifique : à grands coups de millions, les firmes subventionnent des congrès internationaux et se payent des études complaisantes ou biaisées pour exonérer leurs produits. C'est sur la base de ces études que les autorités sanitaires décident d'autoriser ou de maintenir sur le marché des substances pourtant jugées dangereuses par les scientifiques indépendants – c'était le cas avec les néonicotinoïdes tueurs d'abeilles, c'est encore le cas avec les SDHI. Face à ces montagnes d'argent, les courageux chercheurs dans leur laboratoire de l'hôpital Debré ne peuvent que s'en remettre aux autorités publiques pour financer des études pour évaluer la dangerosité de ces substances - indépendamment des intérêts de l'agrochimie. Mais les responsables de l'ANSES refusent de leur donner le moindre centime. C’est un scandaleux détournement de leur mission de salut public : ce sont eux qui devraient s’inquiéter et financer les études ! Mais ils renâclent pour ne pas risquer de remettre en cause les intérêts de l’industrie.
Les scientifiques sont formels : les SDHI, c'est une « bombe à retardement » qui éclatera de façon catastrophique dans 10 ou 20 ans. Doit-on attendre, comme pour l'amiante ou le Médiator, que les victimes se comptent par centaines puis par milliers pour que les autorités réagissent ? Et que dire des insectes et pollinisateurs irremplaçables qui sont décimés, mettant en danger la reproduction même des plantes, fruits, légumes, indispensables à l'alimentation humaine ? Pour dresser face à l'agrochimie un barrage solide et efficace, il n'y a pas 36 solutions : nous devons être nombreux et mobilisés, et avoir la science de notre côté.
Études scientifiques en main, qui pourra encore contester l'interdiction de ces substances toxiques ?
Rappelez-vous : c'est grâce à une coalition de plus de 50 scientifiques internationaux, à leurs études unanimes et à la mobilisation de plus d'un million de citoyens que nous avons obtenu l'interdiction des pesticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles en France, malgré les pressions gigantesques de l'agrochimie sur les ministères et les autorités sanitaires.

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